Analyse

Ankara – Tel-Aviv, les retrouvailles

Ankara – Tel-Aviv, les retrouvailles

Par : Kharroubi Habib

Israël et la Turquie ont convenu de mettre fin à la brouille ouverte il y a six ans par l’assaut de commandos israéliens contre le ferry « Mavi Marmara ». Un arraisonnement ayant pour rappel fait neuf morts turcs le 31 mai 2010 alors qu’une flottille humanitaire tentait de forcer le blocus de Ghaza. L’incident n’a pas provoqué la rupture des relations entre les deux pays, mais il a entraîné retrait de diplomates et gel de la coopération militaire instaurée par des accords stratégiques conclus en 1996.

Pour être signé, l’accord de normalisation nécessitait que les deux parties prennent en compte les conditions que chacune a posées. Celles d’Ankara sont trois: les excuses publiques pour l’assaut meurtrier du ferry, l’indemnisation financière des familles des victimes et la levée du blocus israélien de la bande de Ghaza. De son côté, Israël a mis comme exigence l’expulsion de Turquie de Salah Al Aruri, un dirigeant du Hamas vivant à Istanbul depuis 2010 et accusé par Tel-Aviv d’avoir planifié l’enlèvement et le meurtre de trois Israéliens en 2014. Israël et la Turquie auraient trouvé un terrain d’entente qui leur permet d’annoncer la normalisation de leurs relations.

Tel-Aviv a en effet déjà partiellement répondu aux deux premières conditions d’Ankara. Avant même que les deux pays n’entament les négociations qui viennent d’avoir lieu, Benyamin Netanyahu avait rappelons-le présenté ses excuses au président turc alors Premier ministre qui les acceptées et dans le sillage de ce geste des négociations ont été engagées sur l’indemnisation des victimes. Il ne restait aux deux parties à solutionner que l’exigence turque de la levée du blocus israélien de la bande de Ghaza et celle d’Israël de l’expulsion du responsable du Hamas refugié à Istanbul. Elles y seraient parvenues.

Au terme de l’accord qu’elles auraient conclu, Ankara accepterait la poursuite du blocus israélien de la bande de Ghaza mais aurait obtenu qu’Israël l’autorise à fournir de l’aide humanitaire à la population ghazaouie et à procéder à la construction dans la bande palestinienne d’un hôpital, d’une nouvelle centrale électrique et d’une usine de production d’eau potable. De son côté, Israël aurait eu satisfaction concernant le responsable du Hamas dont il demande l’expulsion de Turquie.

L’accord n’a pas de quoi satisfaire le Hamas dont le chef politique a été reçu avant-hier par le président turc, probablement pour l’informer de sa teneur. Le mouvement islamiste palestinien a trouvé en Erdogan un défenseur avec lequel il ne peut prendre le risque de rompre dans un contexte où dans la région il ne peut compter que sur son soutien. Il avalisera par conséquent le rapprochement qui s’est opéré entre Ankara et Tel-Aviv avec l’espoir de conserver le soutien turc sans lequel son isolement régional et international en deviendrait total, accentuant ainsi la faiblesse de sa position face à l’entité sioniste dont le cabinet ultra-droitier actuel est tenté d’en finir avec lui au moindre prétexte.

L’intérêt qu’a la Turquie de se réconcilier avec Israël revêt aux yeux de ses dirigeants une nécessité rendue primordiale par les évolutions géopolitiques à l’œuvre dans la région et vaut à ce titre qu’ils lui sacrifient leur politique de soutien au Hamas dont il a résulté les tensions ayant distendu l’entente séculaire israélo-turque.

 

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Israël et la Turquie ont convenu de mettre fin à la brouille ouverte il y a six ans par l’assaut de commandos israéliens contre le ferry « Mavi Marmara ». Un arraisonnement ayant pour rappel fait neuf morts turcs le 31 mai 2010 alors qu’une flottille humanitaire tentait de forcer le blocus de Ghaza. L’incident n’a pas provoqué la rupture des relations entre les deux pays, mais il a entraîné retrait de diplomates et gel de la coopération militaire instaurée par des accords stratégiques conclus en 1996.

Pour être signé, l’accord de normalisation nécessitait que les deux parties prennent en compte les conditions que chacune a posées. Celles d’Ankara sont trois: les excuses publiques pour l’assaut meurtrier du ferry, l’indemnisation financière des familles des victimes et la levée du blocus israélien de la bande de Ghaza. De son côté, Israël a mis comme exigence l’expulsion de Turquie de Salah Al Aruri, un dirigeant du Hamas vivant à Istanbul depuis 2010 et accusé par Tel-Aviv d’avoir planifié l’enlèvement et le meurtre de trois Israéliens en 2014. Israël et la Turquie auraient trouvé un terrain d’entente qui leur permet d’annoncer la normalisation de leurs relations.

Tel-Aviv a en effet déjà partiellement répondu aux deux premières conditions d’Ankara. Avant même que les deux pays n’entament les négociations qui viennent d’avoir lieu, Benyamin Netanyahu avait rappelons-le présenté ses excuses au président turc alors Premier ministre qui les acceptées et dans le sillage de ce geste des négociations ont été engagées sur l’indemnisation des victimes. Il ne restait aux deux parties à solutionner que l’exigence turque de la levée du blocus israélien de la bande de Ghaza et celle d’Israël de l’expulsion du responsable du Hamas refugié à Istanbul. Elles y seraient parvenues.

Au terme de l’accord qu’elles auraient conclu, Ankara accepterait la poursuite du blocus israélien de la bande de Ghaza mais aurait obtenu qu’Israël l’autorise à fournir de l’aide humanitaire à la population ghazaouie et à procéder à la construction dans la bande palestinienne d’un hôpital, d’une nouvelle centrale électrique et d’une usine de production d’eau potable. De son côté, Israël aurait eu satisfaction concernant le responsable du Hamas dont il demande l’expulsion de Turquie.

L’accord n’a pas de quoi satisfaire le Hamas dont le chef politique a été reçu avant-hier par le président turc, probablement pour l’informer de sa teneur. Le mouvement islamiste palestinien a trouvé en Erdogan un défenseur avec lequel il ne peut prendre le risque de rompre dans un contexte où dans la région il ne peut compter que sur son soutien. Il avalisera par conséquent le rapprochement qui s’est opéré entre Ankara et Tel-Aviv avec l’espoir de conserver le soutien turc sans lequel son isolement régional et international en deviendrait total, accentuant ainsi la faiblesse de sa position face à l’entité sioniste dont le cabinet ultra-droitier actuel est tenté d’en finir avec lui au moindre prétexte.

L’intérêt qu’a la Turquie de se réconcilier avec Israël revêt aux yeux de ses dirigeants une nécessité rendue primordiale par les évolutions géopolitiques à l’œuvre dans la région et vaut à ce titre qu’ils lui sacrifient leur politique de soutien au Hamas dont il a résulté les tensions ayant distendu l’entente séculaire israélo-turque.

 

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