Analyse

Analyse : Tripoli se détourne de Paris et Rome et réaffirme son entente avec Alger

Analyse

Tripoli se détourne de Paris et Rome et réaffirme son entente avec Alger

Par : Kharroubi Habib

Par la voix de son porte-parole, le gouvernement Libyen soutenu par les Nations Unies a fait savoir mardi que « les élections présidentielles et législatives, leur déroulement et leur date sont une question appartenant exclusivement aux Libyens ». Sa mise au point est intervenue suite à la controverse née entre Paris et Rome sur le sujet avec pour toile de fond leur rivalité quant au pilotage du dossier libyen que chacune de ces capitales s’estime la plus fondée à s’en charger.

Fortes respectivement de cette prétention, la France et l’Italie se livrent une sourde guerre dont le but de chacun de ces Etats est d’assurer la prééminence de son agenda libyen sur celui de l’autre. La France fait en effet le forcing pour que les élections libyennes en question aient lieu avant la fin de l’année 2018 conformément à la feuille de route à laquelle Macron pense avoir rallié aussi bien les acteurs politiques libyens qui se disputent le pouvoir que les parties étrangères concernées par la crise libyenne qui ont pris part à la réunion « extraordinaire » sur la Libye qui s’est tenue à son initiative à Paris en mai dernier.

Si l’Italie n’a pas boycotté la rencontre et n’a pas immédiatement manifesté son désaccord public sur la feuille de route macronienne, elle a néanmoins entrepris peu après la rencontre un travail de sape diplomatique et d’influence pour rendre caduc le semblant de consensus libyen et international qu’ont fait prévaloir pour elle l’Elysée et le Quai d’Orsay. Il est clair que la déclaration du gouvernement présidé par Fayez Serradj constitue une prise de distance de sa part autant à l’égard de Paris qui ne cesse pas de faire pression pour que satisfaction lui soit donnée sur l’organisation d’élections aux échéances fixées dans sa feuille de route qu’à Rome dont l’ambassadeur à Tripoli qui a affirmé péremptoirement que leur organisation avant la fin de cette année «n’est pas possible car son pays n’y est pas favorable». Dans les deux cas, il y a ingérence manifeste dans les affaires Libyennes qui loin de travailler à une sortie de crise pour la Libye ne fait qu’accentuer les différends qui opposent ses acteurs libyens. L’Algérie qui plaide pour que cesse ces ingérences étrangères qui compliquent la recherche d’une solution politique au conflit en Libye ne peut qu’être satisfaite par la déclaration du gouvernement libyen soutenu par les Nations Unies. Il n’est pas fortuit que Rome et Paris qui se marquent au plus près sur le dossier tentent de se ménager respectivement la bienveillance algérienne à l’agenda pour lequel s’agitent chacune d’elles.

Ce que Rome a manifesté en programmant une visite à Alger de son ministre de l’Intérieur qui a la haute main sur tout ce qui touche au côté italien à la question libyenne. Ce à quoi a réagi Paris et plus exactement son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian qui, a-t-on su, a eu un entretien téléphonique avec Abdelkader Messahel son homologue algérien. Après avoir tout essayé pour écarter l’Algérie du dossier Libyen, la France comme l’Italie se tournent à nouveau vers elle au constat que son influence au sein des parties libyennes est incontestable et qu’elle est la seule à bénéficier de leur confiance quant à la recherche d’une solution politique à leur conflit qui soit véritablement Libyo-Libyenne et non dictée par les chancelleries étrangères qui se piquent de leur tracer des agendas conformes à leurs propres intérêts.

KH.H

Montrer plus

Articles Liés

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Fermer
Fermer
%d blogueurs aiment cette page :