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Amar Ezzahi : « El Maknin ezzine » n’est plus !

Amar Ezzahi

« El Maknin ezzine » n’est plus !

Par : Fayçal Charif

Il vient de partir, dans la dignité et la modestie et même avec bravoure, ne cédant pas à la tentation jusqu’au dernier souffle. Alger est triste et peinée et toute l’Algérie le pleure avec la douleur de savoir qu’ « El Maknin » ne chantera plus…jamais !

Amar Ezzahi, c’est d’abord une voix. Une voix mélodieuse et rebelle et d’une générosité sans limites. Mais c’est surtout une voix inimitable dans le ton et le rythme. Cette voix a survolé des années durant les « S’touhs » d’El Bahdja lors des fêtes de circoncision et de mariage. Une voix gracieuse qui a collé à Alger, dont le bel écho a voyagé dans toutes les villes d’Algérie.
Cet artiste hors pair et hors norme ne s’est jamais dévoilé. Discret et modeste, il ne s’exprimait que sur scène, en face et tout près de son public, là où il devient l’artiste le plus populaire d’Algérie.
Amar a donné de la joie et de la gaieté à des générations entières. Les jeunes d’hier, aujourd’hui frôlant la cinquantaine ou la soixantaine et même plus, lui sont restés fidèles. Les jeunes d’aujourd’hui, la vingtaine entamée, la trentaine annoncée ou la quarantaine avouée, en sont fans. Connu pour ses mélodies tristes, ses chants d’amour impossible, ses improvisations sur scène qui ont bouleversé l’ordre établi du temple chaâbi, Ezzahi a créé son propre style, un style inimitable, inégalable. Avec la disparition lointaine d’El Hadj M’hamed El Anka, celle encore vivace dans les esprits d’El Hadj El-Hachemi Guerouabi, et après le retrait et puis la disparition  du cheikh Boudjemâa El-Ankis, Amar Ezzahi, était devenu le dernier maître du temple chaâbi et un des pionniers de la musique algérienne.
Amar Ezzahi c’est aussi l’humain. Un témoignage poignant de feu El Ankis résume la communion de l’homme et de l’artiste. « Pendant les concerts qu’on animait ensemble, il y a toujours eu cette formidable ambiance qui se transformait en nostalgie… Amar est humain, profondément humain. Il animait des fêtes de mariage parfois gratuitement et il donnait souvent de sa poche pour acheter des cadeaux pour les futurs mariés. Beaucoup de jeunes tentent de l’imiter, mais ils n’arriveront jamais à l’égaler, car il est unique. »
C’est en 1941 à Aïn El Hammam, dans la wilaya de Tizi-Ouzou, qu’Amar Ezzahi (Amar Aït Zaï de son vrai nom) a vu le jour. Adolescent il aimait le châabi et écoutait sans modération Boudjemâa El Ankis, son idole. A 19 ans, il avait déjà chatouillé l’instrument. Les sons de la guitare, du banjo et surtout du mandole s’emparent de lui. Le jeune Amar aime la musique et adore le châabi.
Ses premiers pas dans le monde réel de la musique, il les fait en 1963 lors de sa rencontre avec cheikh Lahlou et cheikh Kebaili. Les deux cheikhs décèlent en lui les capacités et les aptitudes d’un très bon chanteur de châabi. Ils lui demandent de persévérer en le prenant en charge pendant un temps. Il approche le monde féerique du châabi et de la musique andalouse. Il observe, il note, mais reste discret et effacé. Une nature en lui, qui ne le quittera jamais. Lors de cette conquête de la belle musique, il rencontre cheikh Kaddour Bachtobdji qui découvre en lui les graines d’un grand chanteur. Décidé et déterminé, Amar apprend le châabi sur le tas. Ni école de musique, ni solfège, mais plutôt une oreille musicale et une voix singulière, berceuse et chatouilleuse dans « El ghazel » ou « El madih ».
Depuis sa première chansonnette « Ya el Adraâ » en 1968, et son énième improvisation « Idha n’mout biya Fettouma » en 2013, en passant par son unique tube cassette « Ya Rab El Ibad » en 1982, Amar Ezzahi est resté égal à lui-même. Son répertoire musical est d’une grande richesse, sa voix berce hommes et femmes, jeunes, vieux et moins jeunes. Il a incarné la chanson châabi et toute son histoire. C’est le dernier gardien du temple Châabi, avec sa disparition, c’est une page qui se tourne sur une génération qui a séduit et donné de la joie et du plaisir aux algériennes et algériens.
Adieu l’Artiste.
F.C

 

 

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