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Abdelghani Mehdaoui

 : Le revers de la…caméra !

Abdelghani Mehdaoui


Le revers de la…caméra !

Par Fayçal Charif


Une rencontre avec un homme et un artiste comme Abdelghani Mehdaoui est riche en enseignements, mais aussi en souvenirs et en émotions. Ce grand réalisateur algérien ne laisse pas indifférent par son parcours et son expérience. Il a tant à dire et à raconter sur des époques passées, oh combien belles et riches en événements culturels et artistiques. Mais le plus dur pour un Artiste, pour un Homme, c’est l’oubli et l’ingratitude, et Mehdaoui en connait un bout !



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Abdelghani Mehdaoui est un autre artiste algérien oublié par son pays, l’Algérie, pour lequel il tant donné avec amour et sincérité. Son amertume et si grande qu’il ne veut même pas en parler ,« tellement ça me fait mal » répète-t-il tout au long de l’entretien. 

Cet homme au regard toujours vif et interlocuteur vous déroute par son parcours et par le nombre d’artistes et de comédiens côtoyés tout au long de sa vie artistique. Ses rencontres, ses anecdotes, ses amitiés avec ceux qui ont fait l’art algérien des années durant sont légendaires. Touri, Rouiched, Hassen El Hassani, El Anka, son ami El Hachemi Guerouabi et tant d’autres d’artistes « qui ne sont plus de ce monde et qui ont façonné et participé à la richesse de ma vie d’artiste sont dans mon esprit et dans mon coeur. Ces hommes et femmes, leurs rencontres, notre travail ensemble, sont mon précieux trésor ».
Dans cette optique, notre Abdelghani compte bien écrire un livre sur son parcours et sur sa grande aventure avec la caméra. « J’y pense depuis quelques petites années, j’ai besoin d’un peu plus de temps et moins d’amertume pour le faire. Mon but est de rendre hommage à ces grands artistes qui ont fait l’Algérie… et qui ont fait ma vie ».
Abdelghani Mehdaoui… chez les « anciens » et les « connaisseurs », le nom résonne très fort quand il s’agit de l’art cinématographique de l’Algérie. C’est incontestable, il est reconnu comme étant l’un des pionniers de la caméra. Né le 15 septembre 1942, à Alger, la vielle citadelle. « c’est une ville qui m’habite » se confie-t-il avec un peu de tristesse. Une ville « belle, légendaire et capricieuse » dont il a connu toutes les facettes, il y passera plus de 50 ans dans ses bras, mais sera contrait de la quitter à la fin de l’année 1996.
Bien avant cette date, à 12 ans, le petit Ghani, vit la révolution algérienne comme les enfants de son âge. Ses « petits » principes » et ses « grands » engagements pour la liberté de son pays le mènent vers un autre terrain de lutte. Il intègre et suit avec émerveillement des cours d’arts dramatiques au conservatoire d’Alger de 1956 à 1959, l’année où il devient script à la radio Télévision Française (RTF) à Alger. Avant l’indépendance, il est déjà assistant réalisateur et en 1962, à l’indépendance, il contribue avec le réalisateur, M. Tizraoui au célèbre et immortel enregistrement de la victoire avec El Hadj M’hamed El Anka. En 1963, il a le titre de réalisateur scénariste, il n’a que 21 ans.
En dix ans, « dans une Algérie qui se construisait tant bien que mal,…il y a eu le bon et le moins bon sur le plan artistique et culturel, mais le meilleur allait venir… » raconte avec nostalgie le réalisateur du premier téléfilm algérien « Meurtre pour un héritage » (1963).
Depuis cette date, Abdelghani Mehdaoui n’a pas arrêté de produire. Il enchaîne courts et longs métrages en touchant à tous les genres. Du drame social au policier en passant par le film révolutionnaire, historique et même la comédie. Pour la petite (ou la grande) histoire, c’est lui qui a réalisé «  Les chats », le dernier film de Hadj Abderrahmane (l’inspecteur Tahar), qui a été censuré au début « parce qu’il était très critique de la société et du fonctionnement de l’état ».
Dans les années 70, il foule les scènes de théâtre pour filmer à Oran « Numance et les sangsues » de Abdelkader Alloula et « Le peuple de la nuit » de Ould Abderrahmane kaki. Au théâtre d’Alger , il filme l’incomparable pièce de théâtre « Hassen Terro », la légendaire « Les concierges » ou encore « La maison de Bernarda » et « Si Keddour El mechah ».
Infatigable, Mehdaoui est partout et depuis toujours. Il participe à la « Semaine culturelle de Constantine et à l’inauguration de la nouvelle station Télévision » (1968), au « Premier Festival Panafricain » (1969), à la « Semaine culturelle d’Oran et l’inauguration de la nouvelle station Télévision » (1970), à l’ « Inauguration de la première retransmission en Maghreb VISION » (1971), à la « Semaine culturelle algérienne à Tunis (retransmission du spectacle avec les techniciens tunisiens).
Il a également participé à plusieurs festivals à l’étranger, entre autres : le Festival International du Cinéma et de la Télévision en 1972 à Tachkent (URSS), Festival de la Télévision, en 1974 à Sofia (Bulgarie) (membre du jury) et obtention du prix scénographie pour son film « Incarnada », Festival du Cinéma en 1979 à Prague et obtention de la mention spéciale du jury pour le film « La Clef ». Festival des télévisions en 1981 à Tunis. Toutes ses productions et tout son travail sont couronnés en 1987 par la remise d’un diplôme d’encouragement remis par le défunt Président de la république Chadli Ben Djedid. 

Après la restructuration de la Radio et la télévision Algérienne « que je n’ai jamais acceptée et que je considère qu’elle a déstructuré complètement le fonctionnement », Abdelghani Mehdaoui, la mort dans l’âme poursuit son parcours « inachevé » avec amertume. Il est presque mis à l’écart, presque oublié. Il se retrouve dans la nouvelle structure de l’ENPA pour assurer la réalisation d’émissions sur le patrimoine culturel algérien et tente quelques productions.
En 1996, l’Algérie en plein folie meurtrière sombre dans le terrorisme. La culture est terrorisée aussi, tout comme les homme et femmes de culture. Meurtri, le réalisateur algérien de la première heure s’exile comme tant d’autres artistes et homme de culture, cibles privilégiées des terroristes.
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Vingt ans plus tard, Abdelghani Mehdaoui est toujours en France. Installé à Bordeaux, il est face à ses souvenirs et sa nostalgie. Mais aussi face à son amertume. « On m’a ignoré, mais le pire, c’est qu’on a ignoré mon tout travail… ». En effet, il y quelques années un hommage à été rendu par la grande autorité de l’état, le Ministère de la culture à des personnalité du monde de la culture et de l’art, le nom d’Abdelghani Mehdaoui n’y est pas. A ce jour, il a le même sentiment : « Je suis triste et peiné, mais je suis également en colère… ».
Mais l’homme qui a apprivoisé et aimé la caméra rêve encore. Il rêve d’une Algérie qui honore ses enfants et respecte ses artistes. Et comme l’artiste est un éternel rêveur, le réalisateur au sourire discret nous avoue: « Je rêve d’un projet derrière la caméra… »

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