Analyse

Abbas au Conseil de sécurité, et après ?

Abbas au Conseil de sécurité, et après ?

Par : Kharroubi Habib

Mahmoud Abbas qui avec l’assentiment du conseil central de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) a pratiquement rompu tout contact avec l’administration américaine et dont il a déclaré qu’il ne veut plus la voir continuer à jouer le rôle de parrain dans le processus politique entre l’Etat sioniste et l’autorité qu’il préside en raison de la décision du président Donald Trump de reconnaître Al Qods comme capitale d’Israël, va pouvoir s’adresser au Conseil de sécurité de l’ONU le 20 février prochain à l’invitation du Koweït dont le représentant assure la présidence pour deux mois.

En recherche d’appuis internationaux à sa position consistant à sortir l’Autorité palestinienne du tête-à-tête inégal avec la partie israélienne sous le parrainage exclusif de l’Amérique, Abbas ne peut que saisir l’opportunité qui lui est ainsi offerte. Mais il est peu probable que sa prestation devant le Conseil de sécurité va faire bouger les lignes dans le sens voulu par lui. Pour la simple raison que si la communauté internationale à laquelle il s’adressera à partir du Conseil de sécurité de l’ONU désapprouve quasi unanimement la décision de Donald Trump et la partialité désormais sans retenue du parrainage américain, elle n’est pas en capacité à s’impliquer sur le dossier palestinien de sorte à se voir reconnue comme partie prenante au processus politique israélo-palestinien par l’Etat sioniste et son inconditionnel allié. C’est d’ailleurs en connaissance de cela que Washington et sa représentante au Conseil de sécurité n’ont pas opposé leur veto à l’initiative koweïtienne.

La remise en cause du parrainage américain que Mahmoud Abbas veut obtenir n’entre pas dans la vision des principaux acteurs internationaux auprès desquels il a tenté de la faire prévaloir. Pas plus chez les «frères» arabes des Palestiniens que chez les puissances européennes qu’il pensait être réactives au fait d’être systématiquement écartées du traitement du dossier du conflit israélo-palestinien. De ces deux pôles, il a certes obtenu le rejet de la déclaration de Donald Trump et la réaffirmation de leur soutien à la solution à deux Etats telle que préconisée par les résolutions onusiennes, mais non la contestation du rôle de parrain exclusif et seul décideur de ce qui est négociable ou pas entre Israéliens et Palestiniens.

Mahmoud Abbas dispose pourtant d’une carte qu’il pourrait abattre dont les conséquences sont redoutées par l’Etat sioniste. C’est celle d’accentuer la rupture de l’Autorité palestinienne avec cet Etat en mettant fin à la collaboration sécuritaire entre eux, seule survivance des prétendus «accords de paix» d’Oslo dont il a lui-même reconnu qu’ils ont cessé d’exister. Il s’ensuivrait pour l’Etat sioniste une situation dans les territoires occupés qu’il aura du mal à gérer et qui mettra fin au faux débat sur la nature illégale et colonialiste de leur occupation par Israël et par là même le contraindrait à un accord de paix qui ne serait pas une reddition pure et simple des Palestiniens. Sauf que pour nombre d’observateurs et pour une majorité des Palestiniens, elle-même, le président Abbas et l’autorité sous ses ordres ne sont pas disposés à franchir ce pas qui mettrait en péril les acquis, avantages et privilèges que la collaboration administrative et sécuritaire avec Israël procure aux cercles palestiniens sur lesquels ils s’appuient.

Mahmoud Abbas ne s’emble avoir radicalisé son attitude et ses déclarations à l’égard des Etats-Unis que pour redorer son blason de leader au sein de l’opinion palestinienne et dans l’espoir que pour calmer «sa révolte» Donald Trump et son administration lui concèdent quelques concessions. C’est parce qu’elles soupçonnent de cela leur vieux leader et l’autorité qu’il préside que des voix s’élèvent en Palestine pour réclamer une révision de fond en comble des instances dirigeantes palestiniennes et l’abandon des stratégies qu’elles ont suivies et pour s’engager dans une nouvelle voie qui réhabiliterait la cause nationale palestinienne internationalement et ressouderait l’unité des Palestiniens autour de celle-ci.

KH.H

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