A Haute Voix : Le cauchemar le plus long

A Haute Voix
Le cauchemar le plus long

Par Fayçal Charif

Comme chaque jour, mais à une heure différente à chaque fois pour tromper les guetteurs, brouiller les pistes et fausser les cartes…il approche prudemment son quartier. Ses yeux font le tour des gens et de l’espace. Il regarde à droite, à gauche, devant lui, se retourne pour regarder derrière lui. Son cœur bat, il n’arrive pas à contrôler son rythme cardiaque. Il sait que l’angoisse est là, que la peur est présente dans son esprit, dans toute sa chair et dans son cœur dont il ne contrôle plus les battements…

Son quartier…une longue rue. Là où il a vécu de bons et beaux moments, où il a connu d’agréables souvenirs. Là, il avait partagé dans le petit stade avec « wlad el houma » des parties interminables de football, mais oh combien mémorables !

Les visages qu’il dévisage, il ne les reconnaît plus, il ne les sent plus et n’y croit plus. En entamant la rue, il salue certains habitués, il s’arrête sans trop tarder et sert la main à des amis du quartier avec qui, hier, il était complice et avait tant de sympathie. Aujourd’hui, en ces jours noirs de l’Algérie, même les saluts se font discrets, récalcitrants. Quelque chose a changé dans l’attitude. Son attitude et l’attitude des gens du quartier.

Tout le monde le connaissait. Il fut un temps, où tout le quartier était content et fier d’avoir enfanté un journaliste, à qui on peut raconter son problème, avec qui on peut échanger une information, la commenter, ou tout simplement parler football, de l’équipe nationale, du Mouloudia, de l’Usma et du CRB ou raconter le châabi des maîtres : El Anka, El Hachemi Guerouabi, Amar Ezzahi ou El Ankis…

Quand il s’engouffre dans son quartier, et quand la rue le prend dans son piège, il se rappelle avec nostalgie ce qu’était «El Houma » et ce qu’étaient ces gens…combien ils étaient gais, heureux et souriants. Aujourd’hui, à son passage, comme tous les jours, les visages sont fermés, graves et silencieux. Quelque chose à changé…trop de choses ont changé. Au passage de la folie du terrorisme, la mort est passé par là !

Pas plus tard, qu’il y a un mois, deux attentats ont failli coûter la vie à deux policiers, le premier a été grièvement blessé et le second a su riposter et sauver sa peau. Oui, au beau milieu du quartier, de son quartier !

Il est 18h de l’après midi en cette fin de mois d’avril de l’année 1996. L’Algérie est confronté a une de ses pires années du terrorisme. Une moyenne de 100 assassinats par jour, des attentats, des carnages, des tueries, des boucheries…des morts partout. Le peuple avait baissé la garde, puis les bras. Le pire allait venir…

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