A Haute Voix : Cinquante années après…

A Haute Voix
Cinquante années après…

Par Fayçal Charif

Six copains sont ensemble en plein centre d’Alger. Ils sont heureux…la guerre est finie et l’Algérie est enfin libre et indépendante. Nous sommes le 5 juillet 1962, jour de l’indépendance de l’Algérie.

H’med l’Algérois, Mokrane le Kabyle, Lazhar le Chaoui, Antar le Constantinois, H’mida l’Oranais et Djelloul le Sahraoui, sont tous jeunes, la vingtaine à peine. Ils ont passé leur adolescence dans un pays en guerre.

Les jours de fête terminés, chacun décide de rentrer dans sa ville natale. Mais avant de se séparer, non sans peine, le « Sahraoui » propose très sûr de lui : « essamou ya el-khaoua ! Chacun de nous va revenir parmi les siens, et nous allons tous faire notre vie chacun dans son petit Bled. Nous allons certainement rester en contact, mais pour combien de temps, une année, deux ou trois ans !!? Quelqu’un pourrait me le dire ? ».

Le silence des cinq pousse Djelloul à aller de l’avant : « Je vous demande au nom de Dieu, au nom de la révolution et au nom du FLN de nous rencontrer, ici à Alger, à « placet el-oud », le 5 juillet 2012 à midi, c’est dans… exactement 50 ans ».

Surpris, étonnés et perplexes, les copains de Djelloul ne purent poser qu’une seule question : « Pourquoi dans 50 ans ? ».

Le jeune sage Sahraoui répond mi-optimiste, mi- pessimiste : « Laissons tout ce temps à l’Algérie pour se construire. Nous, nous serons à l’âge de la retraite et de la sagesse. On fera le point ce jour-là ».

Le temps passe…Cinquante ans plus tard, à l’endroit et à l’heure convenus. Les six copains seront-ils là ? Qui sera présent et qui sera absent ? Le temps changera-t-il les Hommes ? ou bien les hommes agiront sur e’zman ?

Une vue sur plasset el-oud (sahet e-chouhada aujourd’hui), le petit peuple vague à ses occupations. Des Algériens en mouvement, pressés et même nerveux, inquiets  ou même tristes. Mais on discerne de la lassitude, de l’épuisement et de la fatigue.

Un homme, la soixantaine passée, est entrain de lire un journal, mais il ne s’arrête pas de regarder sa montre et de chercher avec son regard des visages lointains. C’est lui, H’med l’algérois. Il est le premier au rendez-vous.

Il est midi pile, quand Djelloul se pointe devant H’med la rencontre est chaleureuse et émouvante… Un par un les autres arrivent. Les amis d’hier se retrouvent. Mokrane, Lazhar et Antar…

Le retardataire-comme il l’a toujours été dans sa jeunesse- h’mida el-Wahrani, qui finit par arriver en courant dans la grande place. La rencontre des cinq est un mélange de pleurs et de joie…la bande n’a plus 20 ans !!

H’med a tout préparé. Il invite ses amis d’hier à un bon « mesfouf » et un bon thé à la menthe chez lui, juste à côté, dans le quartier mythique de la Casbah. Les discussions se lancent autour d’un thème « l’Algérie 50 ans après ». Ils ont des choses à se dire…des choses à dire !

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