Affaires Théo et Adama Traoré : Des artistes dénoncent les violences policières

Deux tribunes contre les violences policières font la Une de Libération ce mercredi matin. Signées par des chanteurs, des acteurs et des militants antiracistes, elles reviennent sur l’affaire Théo et la mort d’Adama Traoré.
Pas de tutoiement, meilleure formation des jeunes policiers, retour de la police de proximité… Des dizaines d’artistes énoncent des pistes pour mettre fin aux violences policières dans une tribune publiée dans Libérationce mercredi, après le viol présumé du jeune Théo lors de son interpellation.

Dans une autre tribune, également publiée dans Libération, de nombreux autres artistes, parmi lesquels les chanteurs Zebda, Arthur H ou encore l’acteur Omar Sy, réclament justice dans l’affaire Adama Traoré, un jeune homme mort au cours de son interpellation par des gendarmes en juillet.

Lettre d’un élu de la République pour l’avenir
Rédigée par un ex-adjoint au maire de Brétigny-sur-Orge (Essonne), Steevy Gustave, la première tribune est titrée Lettre d’un élu de la République à l’avenir. Elle est notamment signée par les chanteurs Patrick Bruel, Hugues Auffray, les comédiens Josiane Balasko, Jean Benguigui et Mathilda May, le réalisateur Nils Tavernier, le directeur du festival d’Avignon Olivier Py ou encore l’humoriste Anne Roumanoff.

Qualifiant de “brebis galeuses” et d'”agents du désordre” les quatre policiers mis en examen, dont un pour viol, après l’interpellation de Théo le 2 février à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), ils considèrent que “ces monstres ne peuvent être associés aux forces de l’ordre qui nous protègent et sauvent des vies au péril des leurs”.

Mais “est-ce une bavure, un fait divers de plus qui sera, lui aussi, classé sans suite?”, demandent-ils. “Dans ce pays des droits de l’Homme, y a-t-il une justice pour les hommes à la peau sombre et une pour ceux qui portent l’uniforme? Ne devrait-elle pas être d’autant plus intraitable envers ceux qui les premiers devraient être intraitables”. S’ils savent gré à François Hollande de s’être rendu au chevet de Théo, ils se demandent “qui était au chevet de nos banlieues malades depuis de si nombreuses années?”

Vouvoiement systématique, récépissé, caméras-piétons
Ils proposent plusieurs pistes pour endiguer ces violences policières “avant qu’il ne soit trop tard”. Notamment que “le vouvoiement soit systématiquement employé lors des contrôles”, que le récépissé donné à la personne contrôlée par les policiers soit instauré “avant la fin du quinquennat” -une promesse non tenue du candidat Hollande- ou encore que les caméras-piétons soient utilisées par les policiers – une utilisation systématique promise ces derniers jours par le ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux.

“Nous demandons aussi de meilleures formations pour nos jeunes policiers et le retour de la police de proximité” ainsi qu’une “vigilance accrue lors des recrutements”, ajoutent-ils encore.

“Si on se tait, c’est toute notre société qui se tait”
La deuxième tribune a été lancée par le site QuartiersXXIt est reprise dans Libération, ce mercredi. Parmi les signataires figurent les acteurs Omar Sy, Eric Cantona, Nicolas Duvauchelle, les chanteurs Vincent Delerm, Grand Corps Malade, Christine & The Queens, les rappeurs IAM, Nekfeu, ou encore le réalisateur de La Haine, Mathieu Kassovitz. Ils considèrent que la “mort suspecte” d’Adama Traoré, sur laquelle l’enquête se poursuit “n’engage pas seulement ses proche mais l’ensemble de notre pays, de notre société”.

“Du côté de l’État, malgré les mensonges avérés, le ministre de l’Intérieur n’a jamais eu un mot, ne serait-ce que de compassion, à l’égard de la famille”, regrettent ces artistes. “Mépris, esprit de revanche et parti-pris aveugle, c’est donc le message que les pouvoirs publics renvoient depuis six mois à la famille et aux habitants de Beaumont qui ont manifesté massivement leur solidarité.”

“Soutenir l’exigence de vérité et de justice”
“Nous refusons qu’une part croissante de la population française soit abandonnée par la République”, poursuivent les signataires du texte. Ils réclament “la plus stricte impartialité des pouvoirs publics quand les garants de l’ordre outrepassent les lois”. “‘C’est une affaire d’Etat’, selon Assa Traoré [soeur d’Adama], et nous sommes également convaincus que c’est toute notre société qui se salit, si elle se tait et détourne le regard. Et nous avec, si nous ne réagissons pas”, estiment-ils.

Ils rappellent ensuite que le 2 février dernier à Paris, des rappeurs ont donné un concert de soutien “Justice pour Adama”. “Ce même jour, Théo, 22 ans, subissait la barbarie de l’agression policière qui révolte aujourd’hui le pays. C’est pourquoi nous appelons […] à soutenir l’exigence de vérité et de justice pour Adama, de justice pour Théo, comme pour toutes les victimes des violences des forces de l’ordre”, concluent les artistes signataires de la tribune.

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