Rencontre avec Abdelkader Harichène Journaliste-Ecrivain « Le thé chez le FLN » : Pour sauver le parti du naufrage

Rencontre avec Abdelkader Harichène  Journaliste-Ecrivain

« Le thé chez le FLN » : Pour sauver le parti du naufrage

Propos recueillis par : Fayçal Charif

Il est connu pour son calme olympien, sa sagesse dans la critique et son objectivité dans l’écrit. A 63 ans, Harichène a une longue carrière derrière lui. Il se rappelle de ses débuts : « je voulais utiliser la presse pour me lancer dans le roman, un peu comme dans « Les Illusions perdues » de Balzac… Un jour, j’ai proposé mon premier texte à Tahar Djaout qui l’a lu et m’a beaucoup encouragé, Allah yerhmou ».

journaliste nomade comme il a été, Abdelkader a toujours su trouver un peu de temps pour une écriture posée et reposée, mais qui va au fond des choses à la recherche des vérités. Parmi des milliers d’articles et d’analyses, sont nés : « Le soleil s’est taché de sang » et « Le FIS et le pouvoir ». Il revient dans le calme de sa retraite avec un nouveau contenu nous invitant à prendre « Le thé chez le FLN ». Un essai courageux qui nous invite dans la maison FLN !

Pour ton dernier livre «  Le thé chez le FLN », peut-on savoir le pourquoi et le comment ?

Le thé chez le FLN est l’autopsie de mon adhésion, dans le sens moral, au FLN, pendant 17 longues années, depuis l’éviction de feu Abdelhamid Mehri. Je l’ai écrit sur un coup de tête, une sorte de thérapie pour en  finir avec cette expérimentation douteuse. J’ai utilisé le mot « bleuite », un mot assez fort, pour expliquer la situation des intellectuels dans les rangs du vieux parti. C’est à la fois un cri pour attirer l’attention des décideurs sur l’anarchie qui y règne pour sauver le parti du naufrage, mais aussi une invitation au débat au sein du parti qui occupe la majorité dans le parlement et dans les institutions élues.

Le livre est-il politique ?

Il a une connotation politique dans le sens où j’invite ses responsables à revoir leurs troupes, à ouvrir le débat, à accorder plus d’attention aux nouvelles idées, alors que le parti n’accorde plus d’attention à ce genre de propositions. Le parti s’est singularisé par les déclarations de son Secrétaire général, ce qui ne constitue pas en soi un diagnostic de bonne santé du parti. Un parti comme le FLN doit changer et peut changer les donnes dans le sens positif, s’il y a la volonté de changement.

Vous êtes porté sur l’écriture en arabe ou en Français ?

Oui, j’utilise les deux langues de manière assez aisée, sans jalousie entre les deux, car j’aime les deux langues, la langue maternelle et de la poésie et l’autre de l’esprit. Des fois, je n’arrive pas à choisir entre les deux. Mais je crois que j’ai tendance à écrire plus en Français à cause de Proust, mon livre de chevet.

Quel est votre opinion sur le monde du livre et de l’édition en Algérie ?

L’édition en Algérie est malade. Le livre est mal lu ou moins lu qu’avant. Depuis 1986, depuis le jour où ils ont supprimé le soutien du livre, ils ont tué le livre à petit feu. Les librairies cédées aux travailleurs, comme les souks El Fellah, ne remplissent plus leur mission. Les maisons d’édition souffrent de la crise depuis que le soutien leur a été refusé ( c’est une donne essentielle depuis le début de la dernière crise) ; elles préfèrent les livres de cuisine et les fascicules, plus personne ne prend de risques pour publier le roman.

Etant ancien journaliste, comment qualifiez-vous l’état actuel des choses concernant la presse écrite en particulier et les médias en général ?

Nous vivons un tournant. Le pouvoir brandit l’épée de Damoclès pour mettre de l’ordre, après un quart de siècle de liberté de ton. Le cas El khabar est révélateur, ainsi que les dernières déclarations de Sellal relatives aux TV privées. Il y a comme une tendance à museler la presse qui a un ton critique vis-à-vis du pouvoir en place. Mais, il faut garder l’espoir, la presse reste le dernier carré des libertés qu’il  faut protéger quelles que soient les motivations des responsables politiques.

Quels sont vos projets d’écriture ?

J’ai trois textes qui attendent : un roman qui se situe un peu dans la suite du premier « Le soleil s’est taché de sang », un autre texte autobiographique sur mon expérience en Russie et un roman en arabe qui revient à la geste hilalyenne qui est très peu connue en Algérie.

C.F

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