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37 ans après le séisme dévastateur d’El Asnam, le préfabriqué «toujours debout»

37 ans après le séisme dévastateur d’El Asnam, le préfabriqué «toujours debout»

Souvenirs douloureux  

Le 10 octobre 1980, un séisme dévastateur à frappé la ville d’El Asnam, aujourd’hui Chlef, causant la mort de plus de 2.600 personnes, en plus d’un grand nombre de blessés et de sans abris, la ville ayant été détruite à 80 %.

Les citoyens de Chlef se remémoreront le souvenir de cette journée douloureuse, au moment où des stigmates de cette catastrophe naturelle demeurent là, 37 ans après jour pour jour, à travers les chalets toujours occupés à Hai Chorfa, ou dans les localités de Chetia, Tenes et Oued Fodda. En dépit des efforts colossaux consentis par l’Etat pour la reconstruction de la ville, la wilaya compte, à ce jour, plus de 4.300 constructions en préfabriqué toujours en exploitation, dont les dossiers n’ont pas été régularisés, leurs occupants n’ayant pas perçu, pour diverses raisons, l’aide étatique (1.200.000 DA) fixée au titre du programme d’indemnisation des propriétaires de chalets. Selon les chiffres fournis par les services de la wilaya, celle-ci compte prés de 18.318 chalets, dont seulement 13.975 ont vu leurs dossiers régularisés,

au moment où un problème se pose toujours pour les 4.343 chalets restants, dont les occupants n’ont pas introduit de dossiers à cause de conflits familiaux (entre ayant droits) ou faute d’avoir versé leurs arriérés de location, est-il souligné.

Au delà de ces contraintes administratives, l’existence de ces chalets pose un problème de santé publique, comme observé par de nombreux occupants, qui ont exprimé à l’APS leurs craintes vis-à-vis de leurs conditions de vie dans ces chalets, hautement inflammables (pour ceux faits en bois), et où sont enregistrés des cas d’allergies multiples, en plus de constituer un nid pour différents rongeurs et bestioles. «J’ai procédé à de nombreuses réparations et restaurations, mais je sais pertinemment que j’occupe un habitat non conforme depuis une quarantaine d’années, sa durée de vie étant de pas plus d’une dizaine d’années», avoue Sid Ahmed, un habitant de Hai Chorfa, résumant l’état d’esprit des occupants des chalets, dont le seul souhait est de régulariser leur situation pour bénéficier d’un logement qui assurera une vie «digne» à leurs enfants, selon leur propre expression.

Des chalets en fin de cycle

Selon l’architecte et membre du Conseil local de l’Ordre des architectes de la wilaya de Chlef, Mohamed Rachid Lekhel, la durée d’exploitation d’un chalet ne doit pas dépasser une dizaine d’années, particulièrement sous des conditions climatiques extrêmes (chaleur et froid), comme c’est le cas à Chlef, et aussi au vue de la qualité des matériaux avec lesquels ils sont faits (bois, béton, fer). Cet expert n’a pas manqué de déplorer l’état de dégradation de ces logements en préfabriqué qui, d’un point de vue technique, ne peuvent être ni restaurés, ni recyclés, a-t-il assuré. Nonobstant cet aspect technique, Mohamed Rachid Lekhel a néanmoins, admis que cette option (installation des chalets) était la meilleur solution à adopter au lendemain du séisme dévastateur, car une étude de réalisation d’une ville prend, à elle seule, au moins deux années. Il a, en outre, déploré la manière «anarchique» adoptée par certains bénéficiaires des aides publiques, dans la construction de leurs maisons, qui n’obéissent à aucune règle urbanistique, ce qui, pour lui, a contribué à la défiguration du tissu urbain local. Des démarches ont été entreprises par les pouvoirs publics, au titre du Dispositif de soutien au remplacement de ces habitations en préfabriqué, entré en vigueur en 2009. Selon le chef de la daïra de Chlef, Abdelmadjid Ghaib, ses services ont recensé, à ce jour, 7.599 logements en préfabriqué, dont 6.212 ont reçu leurs décisions d’indemnisation, au moment où le problème persiste concernant ceux n’ayant pas introduit de dossiers à cause, entre autres motifs, du décès du propriétaire ou faute d’accord entre leurs héritiers, ou encore de versement de leurs arriérés de location. Néanmoins, le responsable a signalé la tenue prochainement d’une rencontre consacrée à ce problème, entre le wali et tous les partenaires concernés.

Certains bénéficiaires de l’aide publique en la matière (1.200.000 DA) estiment que ce montant est «insuffisant» pour la construction d’un logement neuf, au moment où d’autres, à l’image de Ben Toucha, considèrent que, par le bais de ce dispositif de soutien, l’Etat a surtout pensé à assurer un vie digne aux citoyens, d’où leur appel à exploiter cette somme dans la construction d’un deux pièces au lieu de demeurer dans un chalet de quatre pièces insalubre et en fin de cycle . Un taux de 76% des occupants des chalets recensés au titre du Dispositif de soutien au remplacement des logements en préfabriqué, ont introduit des dossiers pour bénéficier d’aides financières, au titre de l’instruction interministérielle (Finances et Habitat) portant prorogation des délais légaux pour l’introduction des dossiers, complétée par l’instruction interministérielle de 2014, portant facilitation des procédures de versement des aides, a indiqué à l’APS le chargé du service de promotion immobilière à la direction du Logement de la wilaya, Brahim Belhireche. Après avoir souligné l’inscription de ces procédures au titre des efforts de l’Etat visant l’éradication des logements en préfabriqué, ce responsable a lancé un appel à tous les propriétaires de chalets dont la situation n’est pas régularisée, en vue de se reprocher des services de la direction du logement de la wilaya avant la fin des délais fixés pour cette opération, soit le 31 décembre 2017.

Plus de 13.000 décisions pour de l’aide à la reconstruction

Selon le directeur local de la Caisse nationale du logement (CNL), Cherif Mohamed Tahar, le Dispositif d’éradication des logements en préfabriqué destiné à la wilaya de Chlef, l’un des plus colossaux à l’échelle nationale, enregistre un rythme de mise en œuvre «appréciable». Il a signalé le recensement, à ce jour, de 13.017 bénéficiaires d’une décision ouvrant droit à un soutien financier de 1,2 million de DA, dont plus d’un million ont déjà perçu cette somme dans sa totalité, (soit un montant global de plus de 15 milliards de DA).

S’exprimant sur les ascendants ou descendants du bénéficiaire, il a indiqué que l’un d’eux (parents ou enfants) ouvre droit à une aide de 700.000 da, pour réaliser une extension à son logement, mais il a jugé que le nombre de bénéficiaires de cette formule, pas plus de 968, demeure faible, à ce jour. Selon toujours les statistiques fournies par la direction du Logement, la wilaya de Chlef a été destinataire d’un programme de 105.027 unités de logements (toutes formules confondues), entre 1999 et 2017. Le parc logement de la wilaya est actuellement estimé à 948.224 unités, soit un taux d’occupation de 5,28 habitants par logement, en 2017, contre 5,81 habitants en 2009. La wilaya a enregistré, à la période indiquée, la création de nombreuses villes nouvelles, à l’image de Chetia comptant plus de 2.300 logements publics locatifs, ou encore les nouvelles villes de Ben Souna et Chorfa, ou les pôles urbains d’El Hosseinia et de la cité Sonelgaz (Oued Sly).

Rencontré à Chlef, l’écrivain et historien Mohamed Boudia, également témoin vivant des deux séismes du 9 septembre 1954 et du 10 octobre 1980, a raconté ce jour effroyable, qui a vu la destruction totale de la ville de Chlef, suite à un séisme d’une magnitude de 7,3 sur l’échelle de Richter . Cette belle ville de Chlef, connue à l’échelle nationale pour son architecture unique alliant styles colonial et arabe, selon l’expression de M. Mohamed Boudia, fut violement secouée une première fois, vers 13h, à l’heure de la prière du vendredi, faisant des milliers de morts et de blessé, et des rues encombrées par des bâtiments en ruines . «Alors que nous étions tous encore sous le choc, une deuxième secousse forte a secoué la ville vers 16 h, comme pour amplifier notre sentiment d’horreur et détruire ce qui ne l’avait pas encore été, rayant de la carte 80 % de la ville», se rappelle l’historien.

A l’écoute de ces souvenirs, son concitoyen Matmati, n’a pu retenir ses larmes, en évoquant la mémoire de son ami mort, lors de cette journée d’effroi, en compagnie de toute sa famille. «L’horreur de cette journée sera toujours gravée dans ma mémoire, quoique quelque peu atténuée par les images de solidarité sans faille offertes par nos concitoyens, juste après le séisme», se souvient- il encore, histoire de dire que l’espoir fait toujours vivre…

Aps

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